De 7 à 77 ans sur grand écran ?


  Alors que les super-héros américains envahissent de plus en plus les salles obscures, qu'en est-il des héros du franco-belge ?

  Comme leurs confrères outre-Atlantique, les vedettes de Pilote, Spirou ou Tintin, pour ne citer que 3 des plus préstigieux hebdomadaires consacrés à la bande dessinée en Europe, ont bien souvent conquis le coeur des petits et des grands par le biais du dessin animé.

 

  Bulles de Salon a décidé de s'intéresser au cas de certains de ces personnages qui ont tenté l'aventure d'une adaptation, non pas en dessin animé, mais plutôt en version " live ", à travers un film, avec des incarnations de chair et d'os. 

  Certaines de ces adaptations sont extrêmement connues, d'autres... beaucoup moins !

 

 


Du papier à la scène, en passant par le ciné !

  Incarnations d'un certain visage de la France, les Bidochon de Binet est l'une des séries à succès de Fluide Glacial, croquant avec humour et sens de l'observation les habitudes d'un couple de la classe moyenne dans ce qu'elle n'a pas de plus glorieux...

  Règlement de compte plus ou moins bon enfant avec différents aspects du monde moderne, les Bidochon eurent droit à deux incarnations en " live ", une première au cinéma en 1996 avec Jean-François Stévenin dans le rôle de Robert Bidochon et Anémone dans le rôle de Raymonde. Le film n'est hélas pas vraiment une réussite et tombe rapidement dans l'oubli.

  Les Bidochon mirent également plusieurs fois les pieds sur les planches, Robert étant notamment incarné par Maurice Rich, avec un accueil plus chaleureux de la part du public, la mise en scène du théatre se prêtant sans doute mieux au découpage en sketchs qu'un long métrage.


De Gaston au marsupilami...

  On ne présente plus André Franquin, génial repreneur de Spirou et Fantasio le temps d'une vingtaine d'aventures toutes plus merveilleuses les unes que les autres, inventeur du marsupilami, père de Gaston Lagaffe, et créateur des Idées Noires...

 

  Deux de ses personnages ont eu droit à un passage au cinéma. Le second est déjà vedette de sa propre série de dessins animés et sa récente adaptation sur grand écran a profité d'un tel matraquage publicitaire qu'il était difficile de passer à coté, en revanche pour le premier, également connu de tous, on a beaucoup moins parlé du film qui lui était consacré...

 

C'est en 1981 que le frère de Michel Boujenah réalise malgré la volonté de Franquin un film consacré à son attendrissant gaffeur. Fais gaffe à la gaffe ! met en scène l'univers d'une maison d'édition chamboulé par l'arrivée d'un brave garçon hélas source de nombreuses catastrophes partout où il va...

 

  Il faut savoir que si Franquin n'était pas contre l'idée d'adapter ses gags à l'écran, il était en revanche totalement contre celle de mettre en scène son univers de Gaston Lagaffe au cinéma.

  C'est la raison pour laquelle tous les personnages du film ont des noms différents de la bande dessinée, même si deviner qui est qui n'est pas bien dur.

 Ainsi Daniel Prévost incarne Prunus, alias Prunelle, Marie-Anne Chazel incarne Pénélope, alias Mademoiselle Jeanne, quant au Héros-sans-emploi, il s'appelle ici tout simplement G et est incarné par Roger Mirmont.

 L'action ne se déroule pas aux éditions Dupuis mais cher l'éditeur Dumoulin...

 

  Le film est une curiosité d'une certaine façon, mais on comprend assez vite pourquoi malgré la célébrité du personnage d'origine, il reste très souvent inconnu, même des plus grands fans de Gaston Lagaffe...

 

 Véritable merveille de la Nature, le marsupilami inventé par Franquin a mieux négocié son passage au cinéma.

 

 Certes à l'instar de certains super-héros, porter à l'écran un tel animal sans l'aide des nouvelles technologies aurait été tout simplement impossible. Le meilleur contortioniste du monde en costume rouge et bleu au bout d'un fil, ça ne rend pas forcément Spiderman crédible dans un film, imaginez la difficulté pour mettre en scène un animal jaune au corps de singe, au faciès de léopard cartoonesque, et doté d'une queue de 7 mètres de long !

  Heureusement, les images de synthèses permettent aujourd'hui ce genre d'exploit, et si certains ont frémi en voyant les premières ébauches du marsupilami, il faut avouer qu'à l'écran, le résultat est plus qu'honorable !

  De plus, le film est réalisé par Alain Chabat qui nous avait déjà étonné avec son Astérix, mission Cléopâtre, et qui a clairement démontré qu'en tant qu'amoureux de la BD franco-belge, il maitrise son sujet et sait lui rendre hommage avec brio !

 

  Verra-t-on un jour un " crossover " des personnages de Franquin comme on l'a vu dans Avengers avec Gaston Lagaffe et le marsupilami convergeant vers un éventuel Spirou et Fantasio ? Qui sait ?

 


Un seul Obélix, trois Astérix !

  Dès 1967, le héros imaginé par René Goscinny et Albert Uderzo, Astérix le gaulois, fait son entrée au cinéma grâce à la magie du dessin animé. Pas moins de 8 long-métrages d'animation lui sont consacrés !

 

  Il faudra attendre 1999 pour une première incarnation en chair et en os du plus célèbre casque ailé de l'histoire de la BD devant Thor, dans une mise en scène de Claude Zidi. C'est Christian Clavier qui joue le rôle d'Astérix et Gérard Depardieu le rôle d'Obélix.

  Le film n'est pas très bien accueilli, en tout cas bien moins que sa suite, Astérix, Mission Cléopatre ( 2002 ), réalisé par Alain Chabat, considéré aujourd'hui comme la meilleure version des aventures du gaulois grâce à de nombreux gags fidèles à l'esprit de la BD !

   En 2008 sort l'une des superproductions françaises les plus attendues, le troisième volet de la saga, Astérix aux jeux olympiques. La distribution est prestigieuse, le budget colossal, les résultats... beaucoup moins !

  On reproche souvent à ce film un coté bling-bling, une volonté d'en mettre plein la vue au spectateur, en alignant les célébrités dans les rôles principaux, en jouant la surenchère permanente, comme pour justifier son cout ( 78 millions d'euros ), l'écrasante campagne publicitaire qui l'a précédé n'est peut-être pas étrangère à son échec, le public étant déjà saturé du film avant même sa sortie...

  Ce troisième épisode marque également une rupture avec un changement d'interprête pour le rôle d'Astérix, Christian Clavier cède la place à Clovis Cornillac.

 

  D'ailleurs un nouvel épisode d'Astérix au cinéma est en route, avec encore un nouvel interprête pour le petit gaulois, Edouard Baer.

  Curieusement, Gérard Depardieu lui conserve toujours son personnage, les Astérix défilent, Obélix reste...


L'Homme qui tire plus vite que son ombre...

 

  Imaginé par Morris, Lucky Luke est sans doute avec Blueberry le cow-boy le plus célèbre de la bande dessinée !

 

  L'un des personnages à totaliser le plus grand nombres d'aventures également ( plus de 60 ! ), la légende de l'ouest est connu pour sa bonhommie, son sang-froid à tout épreuve qui en fait l'un des héros les plus cools de l'Histoire, et surtout sa rapidité et son habileté au six-coups, qui lui valut le surnom de " l'Homme qui tire plus vite que son ombre " !

    Si comme son collègue Astérix notre cow-boy fait son entrée au cinéma par le biais du dessin animé dès 1971, c'est incarné par Terence Hill qu'il fait son retour sur grand écran en 1991.

  L'aspect du personnage est complètement différente, Terence Hill ne s'est pas teint en brun et porte un long manteau blanc, d'ailleurs il est tout de blanc vêtu. Hommage à l'album " le cavalier blanc ", ou plus probablement exorcisme d'un terrible drame personnel survenu sur le tournage ? ( Terence Hill a perdu son fils durant le tournage du film )

  Hormis cette différence souvent critiquée, cette adaptation qui a par la suite donné naissance à une série télévisée est honorable, l'univers de la BD bien restitué, et malgré quelques maladresses, on sent qu'un réel désir de rendre hommage à Morris a motivé la réalisation de ce projet.

  En 2009, le réalisateur de Brice de Nice refait équipe avec l'acteur Jean Dujardin pour une nouvelle adaptation de Lucky Luke.

  Contrairement à la version de Terence Hill, si l'univers graphique est visuellement très bien rendu à l'écran, l'interprétation des personnages laissent à désirer, victimes d'un désir de l'équipe artistique de mettre dans un univers bon enfant un cynisme adulte bien malvenu... L'essence de Lucky Luke est d'être un héros cool et positif, sans histoire ni passé. La volonté de rompre avec cette règle est regrettable car les premières images du projet laissaient espérer un meilleur résultat...

 Il serait malhonnête d'oublier de citer les Dalton de Philippe Haim en 2004 avec les humoristes Eric et Ramzy dans les rôles respectifs de Joe Dalton et Averell Dalton.

  On est en présence ici d'une comédie pour enfants où l'on retiendra surtout une sympathique Ma Dalton incarnée par Marthe Villalonga, le reste du film étant victime d'une réalisation maladroite et du scénario une nouvelle fois à coté de l'univers d'origine...

 

  Pauvre Lucky Luke, on ne peut pas dire qu'il aura été le plus gâté par son passage à l'écran !

 


Haddock au cinéma, un poisson d'avril ?

  On ne pouvait clôturer ce dossier sans parler du plus connu des héros franco-belge de bande dessinée, c'est-à-dire Tintin, le reporter du petit Vingtième imaginé par Hergé en 1929...

 

Avant de jeter un oeil aux incarnations en chair et en os de l'aventurier à la houpette, mentionnons l'excellente série animé de 1992 dont nous recommandons chaudement à tout amateur de bande dessinée de jeter un oeil, elle reste en effet à cette heure l'une des meilleures adaptations à l'écran d'une BD franco belge !

 

  C'est en 1961 que pour la première fois Tintin fit ses pas sur grand écran avec Tintin et le mystère de la Toison d'Or. Il incarné par un acteur, Jean-Pierre Talbot, qui d'ailleurs resignera dans le deuxième volet, en 1964, Tintin et les Oranges Bleues.

  Ces deux adaptations sont très proches et malgré un résultat qui ne fut pas à la hauteur des attentes qu'on plaçait en elles, on ne peut s'empêcher d'être saisi d'une certaine tendresse pour ces films naïfs et bon enfants, et aussi pour la sympathique maladresse qui s'en dégage, une volonté de bien faire aussi bien des acteurs que des réalisateurs, mais peut-être juste un manque de moyens... Ou alors aussi l'erreur d'avoir choisi deux scénarios originaux d'une qualité bien inférieure à ce que Hergé proposait en albums ?

 

  Bref, ce sera une longue traversée du désert pour un Tintin de chair et de sang au cinéma avant un surprenant retour au cinéma...

 

  Au milieu des années 80 naquit une rumeur étonnante, souvent considérée comme un poisson d'avril...

  Steven Spielberg, le père d'Indiana Jones envisagerait d'adapter les aventures de Tintin ! Au début des années 2000, on murmure que le père du Seigneur des Anneaux au cinéma, Peter Jackson, serait son complice sur cet insensé projet...

 

  Mais les années passent, passent, et on croit de plus en plus à une blague...

  Et puis en 2011, c'est la surprise, le choc ! Un nouveau Tintin au cinéma !

  Tintin et le secret de la Licorne ( 2011 ) est le premier d'une trilogie consacrée à l'univers d'Hergé par messieurs Spielberg et Jackson.

  Si de vrais acteurs prêtent leur visage et leur voix aux différents personnages, c'est la magie de l'informatique qui donne vie sur l'écran à Tintin, le capitaine Haddock, les policiers Dupond et Dupont, etc etc...

  Le film est entièrement réalisé en images de synthèse, permettant d'une part un rendu fidèle de l'univers de la bande dessinée, mais également des séquences d'action impressionnantes qui ont parfois un peu dérouté certains amoureux de la première heure...  

   On jubile pourtant devant l'étonnante interprétation du capitaine Haddock, qui comme dans les albums vole complètement la vedette à Tintin ! Le film est truffé d'hommages ( ne serait-ce que celui, magnifique, dès l'ouverture, à Hergé lui-même ! ) et de références, véritable jeu de piste pour le fan inconditionnel, et il est clair qu'on est en présence d'une adaptation grande classe d'une icône de la BD.

 


Qui sera le prochain ?

  Nous avons jeté un oeil au passage sur grand écran de Tintin, Astérix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, les Bidochon, le Marsupilami, mais il ne faut pas oublier également les versions live de Blueberry, Michel Vaillant, XIII, Largo Winch, Iznogoud, Adèle Blanc Sec, ou les Schtroumpfs !

  On parle beaucoup de l'invasion des super-héros américains des salles de cinéma, mais pourtant l'élite franco-belge n'est pas en reste !

  Régulièrement des tentatives d'adapter sur grand écran les aventures de nos héros de papier nous donnent l'espoir de retrouver dans une salle obscure la magie ressentie à la lecture des albums. Comme nous l'avons vu, cette magie est parfois plus ou moins bien restituée...

  On attend notamment un 4ème volet d'Astérix d'ici la fin de l'année 2012 avec encore un nouvel interprête dans le rôle titre.

 

  Luc Besson vient également de faire savoir qu'il comptait adapter les aventures des agents spatio-temporel Valérian et Lauréline de messieurs Mézières et Christin, avec lesquels il avait déjà collaboré pour son 5ème élément.

 

  L'un des projets les plus étonnants qui seraient en cours serait l'adaptation au cinéma d'une série hélas souvent méconnue aujourd'hui du journal de Spirou, les Krostons de Paul Deliège et Arthur Piroton.

 

  Ces petits démons dont la taille n'est pas proportionnelle à l'ambition rêvent depuis toujours de conquérir le monde, y parviendront-ils par un autre média que la bande dessinée ?

 

  Nous vous invitons à jeter un oeil au site consacré au projet en cliquant ici.

 

  Il y aura toujours vis à vis des adaptations de bandes dessinées au cinéma, que ce soit en dessin animé ou avec des vrais acteurs, les irréductibles qui crieront au sacrilège et ceux qui seront curieux de voir le résultat...

 

  Nous préférons voir les choses d'un autre angle: au delà du plaisir qu'elle nous procure, la lecture des aventures de tous ces héros est une source inépuisable d'inspiration pour cinéastes et animateurs, et c'est un bel hommage à la bande dessinée que cette volonté du 7ème Art de vouloir porter à l'écran la magie du 9ème Art !